Aperçu chronologique sur la famille Bingen-Zimmer-Arnoldy au XIXième siècle

Nicolas Bingen était, au début du 19ième siècle, un viticulteur de Schwebsingen sur la rive luxembourgeoise de la Moselle. Il semble avoir perdu les coteaux familiaux au profit d'un frère aîné. En 1827, il avait épousé Eve Risch, fille de tisserands du lin du hameau voisin de Bech.1

L'aîné de leurs trois enfants, également prénommé Nicolas, est né à Bech la même année. Orphelin de mère à 10 ans, fils de vigneron sans terres, Nicolas aura une existence quelque peu mouvementée. Il sera, entre autres, soldat dans le contingent stationné à Echternach.2

C'est à Echternach que vit la famille Arnoldy.3 Frantz Arnoldy y est serrurier [Schlosser], forgeron et maréchal-ferrant. Sa femme, Marie Zimmer est la fille de Peter Zimmer, propriétaire [Gutsbesitzer], anciennement boulanger [pistor],4 frère d'un échevin de la ville, et d'Odillia 5 Funck.6

La famille Arnoldy-Zimmer aura six enfants, dont deux, Antoine et George, morts en bas âge. L'ainée est Anna Maria, surnommée Margaretha,7 née en 1819, 19 mois avant le mariage de ses parents.8 Son frère Mathias,9 né en 1821, serait parti aux Etats-Unis, où l'on a perdu sa trace. En 1825 naît Jean-Pierre; celui-ci, devenu prêtre, partira enseigner en Autriche, notamment à Graz et à Leoben où il est enterré. Le dernier enfant, Jean-Thomas, est né en 1828; marié à Gand en 1858, enseignant, il terminera sa carrière comme directeur d'école à Bruxelles. Marie Zimmer décède en 1829, laissant Frantz Arnoldy seul avec ses quatre enfants, dont l'aînée, Margaretha, a alors 10 ans.

Vingt ans plus tard, en 1849, Margaretha (ou Marguerite) a un premier enfant; c'est la sage-femme qui déclare la naissance d'une fille prénommée Catherine, de père présumé inconnu. En 1855, Marguerite, toujours célibataire, a un deuxième enfant; cette fois, c'est Nicolas Bingen, soldat en garnison, qui le déclare en reconnaissant en être le père. Trois ans et demi plus tard, Marguerite et Nicolas, qui n'est plus soldat, se marient. 10 A l'occasion de ce mariage, les deux enfants de Marguerite sont reconnus et légitimés par Nicolas. Sept mois plus tard, en 1859, le couple s'est installé à Grund, faubourg au pied des remparts de Luxembourg, où Nicolas est ébéniste [Schreiner]. Un troisième enfant naît qui, curieusement, reçoit le même prénom que son aînée Catherine; elle sera connue dans la famille sous le nom de Sophie, qui ne sera cependant jamais officialisé. 11

A la fin de l'hiver 1868, Marguerite Arnoldy, qui n'a pas même 50 ans, décède à l'hôpital dont les anciens bâtiments dominent toujours le quartier du Grund où elle habitait. Nicolas, en déclarant le décès de sa femme se présente alors comme brasseur [Bierbrauer]. En décembre de la même année, le père de Nicolas, qui s'était remarié dans son village de Bech et qui avait eu de nombreux enfants de sa deuxième femme Catharina Gotdar, décède à son tour. En novembre 1869, dix-sept mois après sa première femme,12 Nicolas meurt (accidentellement ?), laissant trois orphelins, de 20, 14 et 10 ans. Leur oncle Jean-Pierre, le prêtre, se préoccupera beaucoup de leur sort.

Il est remarquable de noter que l'on retrouvera plus tard ces trois Luxembourgeois à Bruxelles, mariés à des Belges. Qu'est-ce qui les amenés à suivre la même trajectoire géographique ? La présence de leur oncle Jean-Thomas Arnoldy en Belgique explique-t-elle, au moins partiellement, la chose ?

Frantz (François) Bingen épouse en 1887 Marie-Barbe Bollion, fille de cultivateurs de Roosbeek, entre Louvain et Tirlemont. Lorsque leur premier enfant, Jean François, naît en 1888, ils habitent à Ixelles au 21 de la rue de Florence. La déclaration de naissance est faite en présence du cousin Edgar Arnoldy, fils de Jean-Thomas, docteur en médecine qui habite alors à Saint-Gilles. 13 Il est intéressant de noter que le domicile officiel des parents est Echternach. Deux ans plus tard naît leur deuxième enfant, Jean-Pierre Nicolas; ils habitent alors au 73 de la rue de la Source à Saint-Gilles; le fonctionnaire de service indique cette fois leur domicile officiel comme étant à Luxembourg. 14



1Hameau de la commune de Wellenstein, paroisse de Remich, sur la Moselle.

2Après la séparation du Luxembourg allemand d'avec la Belgique en 1839, le roi grand-duc Guillaume avait enfin formé le contingent militaire dit fédéral, à organiser dans le cadre de la Confédération Germanique à laquelle appartenait le Grand-Duché depuis 1815. La forteresse de Luxembourg étant occupée par les Prussiens, le contingent autochtone fut installé dans d'autres lieux, dont l'ancienne abbaye d'Echternach pour l'infanterie.

3Le nom Arnoldy, parfois aussi orthographié Arnoldÿ ou Arnoldi, est assez commun au Luxembourg, en Belgique et en Allemagne. Il est de la même nature que les Gérardy, Jacoby, Pauli ou Nicolay: ce sont des génitifs latins de prénoms adoptés comme noms de famille (Arnoldus, Gerardus, Jacobus, Paulus, Nicolaus, ...)

4Il subsiste aujourd'hui à Echternach, près de la place du Marché, une boulangerie-pâtisserie dénommée "Ancienne maison Zimmer".

5Femme déjà alphabétisée en 1792 (voir leur acte de mariage).

6Funck est le nom d'une grande famille de brasseurs. Aucun lien n'a été établi jusqu'ici.

7La mère de Frantz Arnoldy s'appelait Margaretha Hoffman.

8Anne-Marie (Marguerite) est reconnue et légitimée par Frantz Arnoldy à l'occasion de son mariage avec Marie Zimmer.

9Le père de Frantz Arnoldy s'appelait déjà Mathias. Il était lui-même forgeron [Schmidt].

10Il est vraisemblable que c'est son état de soldat qui a empêché Nicolas Bingen de régulariser plus tôt sa situation familiale.

11Sur la tombe du cimetière d'Ixelles qu'elle partage avec son mari Franz Courthéoux et leur fille Marguerite, il est bien indiqué Catherine Bingen.

12Nicolas Bingen s'était en effet remarié (où et quand ?) avec une certaine Anna Hellesch.

13Edgar Arnoldy et sa femme Elise Carlier finiront leurs jours dans le village de Lonzée, près de Gembloux, où leur fils était installé comme médecin. Ce dernier avait officié comme médecin sur le front. Il n'en était pas revenu indemne.

14Sans doute la réglementation prévoyait-elle d'indiquer un domicile dans le pays d'origine pour les résidents "étrangers". Par ailleurs, les actes d'état-civil concernant les Luxembourgeois étaient transmis au Grand-Duché afin d'être retranscrits dans les registres locaux; ceci explique que les actes de naissance de Jean François et Jean-Pierre Nicolas, nés Luxembourgeois, aient été trouvés à Echternach.